L’art en tant que territoire autonome*

par Mariza Rosales Argonza, commissaire


L'exposition TERRITOIRES AUTONOMES, L'INDÉPENDANCE D’UNE CULTURE présente les cartes imaginaires de six artistes et autant de regards qui permettent la réélaboration de cartographies utiles au croisement et à la réinterprétation de la signification de l’art latino-américain, à deux cents ans d’autonomie et de consolidation de l'Amérique latine.

Le travail visuel de chaque artiste forme un territoire dessiné à partir de relations et de circuits où convergent l'histoire, la mémoire sociale et les imaginaires personnels. Les artistes articulent des discours divers, forts d’une liberté créatrice ancrée à un terrain autonome en constante transformation.

La pluralité des regards proposés par les oeuvres s’ouvre sur des champs d'interprétation multiples et révèle un ensemble de réflexions qui vont au-delà du fait «latino-américain» tel qu’on le définit traditionnellement et qui a été souvent interprété comme un art périphérique et folklorique inspiré de la tradition populaire où, à travers l'évocation d'allégories ou de représentations à caractère onirique qui renvoient au «réalisme magique», l’on cherche à récupérer la nationalité opprimée. De plus, cette pluralité évite de réduire la production artistique de l'Amérique latine uniquement à la création d'un art militant, engagé socialement, qui se veut un moyen de transformation sociale hérité de la tradition du Muralisme mexicain.

La richesse des contenus, la qualité et les préoccupations plastiques des artistes d'origine latino-américaine qui habitent au Québec échappent aux catégorisations traditionnelles pour affirmer l'existence, aujourd’hui, d'un art depuis l'Amérique en tant que véritable territoire de pluralité. La province de Québec se présente comme un espace d'entrecroisement de cultures où émerge un discours sur le «nous», où est possible la coexistence de multiples réalités, de temps historiques et d’intermittences culturelles et symboliques, sans nier leur négociation constante, qui se matérialisent dans la production artistique.


Les oeuvres de TERRITOIRES AUTONOMES, L'INDÉPENDANCE D’UNE CULTURE conquièrent des espaces variés. À partir de la diversité de leur langage plastique, les artistes partagent leurs réflexions sur d’importants enjeux qui vont au-delà de toute frontière géographique ou nationaliste. Chaque artiste aborde à sa manière des préoccupations esthétiques et discursives de la société contemporaine.

Osvaldo Ramírez ramène au présent la mémoire historique, le chaos et la violence que produisent les « bêtes » humaines qui attachent et donnent un sens tragique à la réalité vécue dans plusieurs endroits de l'Amérique où coexistent quotidiennement le premier et le tiers monde. Ses images chargées de symboles et de références culturelles d'origines diverses sont imprégnées de contradiction où la confrontation constitue une dynamique constante. Ses œuvres dressent une cartographie du chaos des sociétés actuelles, espaces labyrinthiques et babéliques de notre identité.

Pour sa part,
Claudia Bernal nous présente des oeuvres caractéristiques de sa force créatrice ancrée dans la pluralité des approches esthétiques et la variété des supports, comme l’installation, la vidéo et la performance. C’est grâce à la diversité des moyens que Bernal propose des questionnements qui oscillent entre l’individuel / interne et le social / externe. L’artiste crée et habite des espaces auxquels elle donne un sens, en agençant des objets chargés de symbologies intimistes où elle inscrit le commentaire social dans une sorte de poésie visuelle. Les éléments deviennent alors vestiges de narrations de vie, en voie de disparition, qui s’éteignent sous nos yeux. Bernal évoque l’éphémère d’une action, d’un souvenir, d’une image, d’un visage sans nom qui s’estompe dans la mémoire.

Georgia Volpe propose quant à elle une cartographie de la diversité, en tant que processus inachevé qui se tisse et s’étend au-delà de toute limite. Le matériau plastique, la configuration modulaire et la taille de l’oeuvre revêtent des qualités organiques et spatiales qui mettent en évidence les contradictions entre la dimension et la fragilité de toute construction sociale ou matérielle, quelle qu’elle soit, mettant l’emphase sur le concept de monument social. Le titre chute / caída peut être interprété comme une métaphore qui évoque la force et la décadence de tout processus.

Quant à
Rafael Sottolichio, il conquiert des univers picturaux qui vont de l’espace urbain à la métaphore intérieure du sujet. Ses tableaux construisent des lieux où les structures spatiales peuvent être habitées en correspondance avec l’élément humain. Le langage plastique proposé par Sottolichio révèle un intérêt marqué pour l’expérimentation de la composition géométrique et chromatique, et la vibration de la couleur. Les contrastes simultanés se chargent de faire naître des atmosphères singulières, des univers spatiaux qui constituent en soi une séquence picturale d’où émergent des récits narratifs divers.

Le rapport avec le monde naturel, la restitution de l’ordre animal et humain, font partie de l’imaginaire de
Manuel Lau, dont les œuvres montrent des personnages représentant la possible intégration entre l’instinct et la raison. La centralité de la composition et la palette de couleurs restreinte que l’on retrouve dans ses œuvres, renvoie à un certain primitivisme. Lau nous parle à partir de l’espace primitif qui est à l’origine de toute culture, et nous rappelle ce lieu atemporel, où se construisent les mythes, qui nous unit avant de nous différencier.

En contraste,
Carolina Hernández nous situe au centre du chaos provoqué par la destruction de l’environnement. Dans ses œuvres, elle confronte l’homme et l’animal, elle les isole, les met en opposition dans ce territoire
plastique qui est le sien. Car c’est en ce lieu créatif que l’on peut reconnaître les blessures, et où les faiblesses se révèlent au grand jour telles les reflets du miroir qui a éclaté et qui brille de tous ses fragments. À sa façon, Hernández invite à la réflexion sur la nécessité de restituer l’ordre qui a été ébranlé.


Montréal, août 2010

* Traduit de l’espagnol par Claudia Bernal

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El arte como territorio autónomo

por Mariza Rosales Argonza, curadora


La exposición TERRITORIOS AUTÓNOMOS, LA INDEPENDENCIA DE UNA CULTURA presenta los mapas imaginarios de seis artistas y ofrece múltiples miradas que permiten la reelaboración de cartografías útiles para el cruce y la reinterpretación en torno al significado del arte Latinoamericano a doscientos años de autonomía y consolidación de América Latina.

El trabajo plástico de cada autor configura un territorio que se dibuja a partir de las relaciones y circuitos en los que confluyen, la historia, la memoria social y los imaginarios personales. Los artistas articulan discursos diversos partiendo de la libertad creativa desde un terreno autónomo en constante transformación.

La pluralidad de miradas expresadas en las obras abre espacios de interpretación y muestra una serie de reflexiones que van más allá de lo “latinoamericano” tradicionalmente definido e interpretado como arte periférico y folklórico inspirado de la tradición popular que busca recuperar la nacionalidad oprimida por medio de la evocación de alegorías o representaciones de carácter onírico denominado “realismo mágico”. Por otro lado, evita reducir la producción artística de América Latina a la creación de un arte militante, comprometido socialmente, entendido como un medio de transformación social y vinculado con la tradición fundada por el Muralismo Mexicano.

La riqueza de contenidos, calidad y preocupaciones plásticas de los artistas de origen latinoamericano que radican en Québec se aleja de delimitaciones tradicionales para afirmar la existencia hoy en día de un arte desde América, que se define como un verdadero territorio de pluralidad. La provincia de Québec se dibuja como espacio de entrecruzamiento de culturas en donde se incorpora un discurso sobre “nosotros” donde es posible la convivencia y la negociación constante de múltiples realidades, así como, tiempos históricos, intermitencias culturales y simbólicas que se ven materializadas en la producción artística.


Las obras de TERRITORIOS AUTÓNOMOS, LA INDEPENDENCIA DE UNA CULTURA conquistan espacios diversos. Desde la pluralidad de lenguajes plásticos los artistas reflexionan sobre importantes cuestiones que van más allá de cualquier limitación geográfica o nacionalista. Cada artista suma a su manera preocupaciones estéticas y discursivas de la sociedad contemporánea.

Osvaldo Ramírez hace presente la memoria histórica, el caos y la violencia que generan las “bestias” humanas que atan y dan sentido trágico a la realidad que se vive en muchos lugares de América en donde conviven cotidianamente primero y tercer mundo. Sus imágenes cargadas de símbolos y referencias culturales de origen diverso se impregnan de contradicción en donde el enfrentamiento es una dinámica constante. Sus obras constituyen una cartografía del caos de las sociedades actuales, espacios laberínticos y babélicos de nuestra identidad.

Por su parte,
Claudia Bernal nos presenta piezas en las cuales explora estéticas y soportes diversos característicos de su capacidad creativa, tales como instalación, video y performance. Es por medio de esta diversidad de medios que Bernal propone cuestionamientos que oscilan desde lo individual-interno a lo social-externo. La artista genera y habita espacios que semantiza, con objetos cargados de simbologías intimistas en los que se inserta el comentario social en una suerte de poesía visual en la que los elementos son vestigios de narraciones de vidas en desaparición, que se extinguen ante nuestra mirada. Bernal evoca lo efímero de una acción, de un recuerdo, de una imagen, de un rostro sin nombre que se desdibuja en la memoria.

El mapa de lo diverso como un proceso inacabado que se teje y que se extiende más allá de cualquier límite es la propuesta de
Georgia Volpe. El material plástico, la configuración modular y la escala de la obra permiten cualidades orgánicas y espaciales que ponen en evidencia las contradicciones entre el tamaño y la fragilidad de cualquier construcción social o material, haciendo énfasis en el concepto de monumento social. El título chute/caída, se puede interpretar como una metáfora que evoca la fuerza y la decadencia de todo proceso.

Por su parte,
Rafael Sottolichio, conquista universos pictóricos que van de lo urbano a la metáfora interior del sujeto, sus cuadros construyen ámbitos en los que las estructuras espaciales en expansión se habitan y se corresponden con el elemento humano. El lenguaje plástico propuesto por Sottolichio tiene un marcado interés por la experimentación de la composición geométrica y cromática, la vibración del color y los contrastes simultáneos se encargan de generar atmósferas singulares, universos espaciales que en sí mismos constituyen una secuencia pictórica en donde se generan narrativas diversas.

La relación con el mundo natural, la restitución del orden animal y humano forman parte del imaginario propuesto por
Manuel Lau que en sus obras muestra personajes que representan la posible integración entre el instinto y la razón. La centralidad de su composición y su paleta de color reducida evocan cierto primitivismo en sus obras, Lau nos habla desde el espacio primigenio que da origen a toda cultura, nos recuerda ese espacio intemporal en donde se construyen los mitos y que nos une antes de diferenciarnos.

En contraste,
Carolina Hernández nos sitúa en el caos provocado por la destrucción del entorno. En sus obras confronta al hombre y al animal, los aísla y contrapone en un territorio plástico. Es desde ese espacio creativo, en donde se reconocen las heridas y se muestran las debilidades. Se trata del reflejo de de un espejo que se ha roto y que nos muestra sus fragmentos. A su manera Hernández pone en evidencia la reflexión acerca de la necesidad de restituir el orden que se ha trastocado.


Montreal, agosto 2010